Interview Vrais Savent : Double Zulu

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Fin mars, Double Zulu a sorti un EP surprise intitulé KAIJU. Après un marathon ces deux dernières années où il a sorti plusieurs projets (DBZ 2, Ladder Match, DBZ 3.0) il compte bien continuer sur sa lancée. Pour l'occasion, il est revenu sur son écriture, et les nombreuses références qu'il peut faire, de Dragon Ball à The Wire, en passant par Pokémon, le catch, le football, le basket, le Dipset et le rap français et US

Taubaté Avant qu’on commence vraiment sur les références. Tu fais du rap depuis des années, ton premier projet est sorti en 2012, ensuite t’as fait une pause. Et globalement t’es revenu et t’as commencé à être pas mal productif depuis plus ou moins 2019-2020. En fin d’année dernière, t’as sorti DBZ 3.0, au final à peine quelques mois plus tard, là, tu sors KAIJU. Est-ce qu’on peut s’attendre à ce qu’à l’avenir tu sortes des projets plus régulièrement qu’avant, ou est-ce que là c’est plus ou moins une coïncidence que ça sorte avec si peu d’intervalle ?

En fait, initialement après avoir sorti DBZ 3.0, je m’étais dit, en fonction du chiffre, si le projet fonctionne bien, pourquoi pas une réédition. Juste histoire de me faire un kiff de rappeur : “moi aussi je fais des rééditions”. Et en fait ce qu’il s’est passé, c’est que j’ai été en vacances chez Verneuil-sur-Seine Pablaw, celui qui a produit KAIJU. En 2 jours on a fait les morceaux. Après il a fini le master de son côté. Le projet est né comme ça. Ensuite fallait trouver un nom, j’ai trouvé le nom. La cover j’avais vu un post Instagram d’un mec, totalement aléatoire, et j’ai récupéré cette idée-là, que j’ai envoyée à Biscuit Studio en leur demandant “je veux faire un truc sur les kaijus, les monstres et tout. Comme Godzilla il crache du feu vert, je veux faire un truc en mode, on vient de détruire une ville, on s’arrache.” Et ce que je kiff avec Biscuit Studio c’est qu’ils captent et ils illustrent vraiment mes envies.

Justement avant qu’on entre dans le projet en lui-même. Ce nouvel EP, il s’appelle KAIJU. Kaiju c’est un mot pour désigner les monstres aux Japon, un peu comme Godzilla comme tu disais. Qu’est-ce qu’il avait de si monstrueux ce projet pour que tu l’appelles comme ça ?

En fait, je me présente souvent comme un Komodo. Et le Komodo c’est un dragon, mais je voulais pas que le projet s’appelle comme ça, parce que peut-être qu’un jour un album s’appellera Komodo, je sais pas. Je voulais pas utiliser ce nom trop tôt. Et il me fallait un nom en référence, avec ce côté dragon. Même si un dragon de Komodo est pas vraiment un kaiju. Pablaw était d’accord sur le nom. Mais pour revenir à ce qu’on disait tout à l’heure, par rapport à est-ce que je vais sortir des projets plus régulièrement. La réponse est oui ! Avant de faire KAIJU je travaillais sur un autre projet, entièrement produit par Just Music Beats, qui est quasiment fini. Et là j’entame un autre projet. Celui avec JMB devrait voir le jour en septembre-octobre, novembre grand max. On va essayer de faire vivre KAIJU sur deux titres. Après on va entamer une vraie stratégie, avec un single 0, un single 1. Avec des clips etc. Donc on se laisse le temps. Moi je dis novembre grand max.

Après faut laisser vivre KAIJU j’imagine.

Ouais après la musique c’est pas comme avant. Si tu veux écouter KAIJU dans trois ans, tu peux l’écouter. Tout comme tu peux écouter DBZ 2 ou le 1. Je le vois plus comme un truc où je me dis “faut le laisser vivre”. Il va vivre de toute façon. Il sera toujours là, et si quelqu’un veut le réécouter il le réécoutera. Moi ça me permet d’avoir une palette assez large. Parce qu’entre DBZ 3, KAIJU et le prochain projet, y a rien à voir. Ça reste moi mais y a des couleurs différentes. Et moi ça me permet après, sur un an, d’avoir 3 propositions différentes. Mais KAIJU c’est un projet d’instinct, il était pas du tout prévu au départ. Quand je vais chez Pablaw je me lance un défi. J’me dis “vas y, si en trois-quatre jours on arrive à plier cinq titres, ce serait marrant on fait un EP”. Et par rapport au concert que j’ai fait au FGO, la veille de la sortie. moi au début je m’étais dit “vas y on le sortira plus tard, en 2023”. Mais Pablaw il me disait « non faut le sortir très vite”. J’ai demandé à mon chef de projet, il était ok. Et justement à la base, mon chef de projet me demandait si c’était pas mieux de faire une réédition. Mais DBZ 3 y a une DA qu’a été créé précisément, et KAIJU n’a rien à voir. Donc je pouvais pas le traiter comme tel. 

T’as répondu un peu à une question à l’avance. Depuis pas mal de temps, tu te compares au dragon de Komodo. Là ça revient encore, dès le premier titre d’ailleurs. D’où te vient cette fascination pour cet animal ?

Je m’y compare depuis DBZ 2. L’histoire de cette appellation, elle vient de twitter, avec un pote. On était tous les deux célibataires. On disait “on est trop vilains pour les meufs, on est des Komodos”. Parce qu’un Komodo, foncièrement c’est pas très beau. On en rigolait, et en fait c’est devenu une running joke, et après je me suis un peu intéressé à l’animal et tout. Et en vrai je le trouve pas fascinant mais, c’est un animal relativement lent, mais archi puissant. Genre une fois qu’il t’a attrapé c’est fini. Moi après j’ai transposé cette running joke de mec un peu moche célibataire qui est refusé par les femmes, en un vrai animal totem. Et c’est comme ça que c’est devenu un rituel pour moi de dire Komodo comme ça. Que je le mette en adlib, en comparaison. Et après c’est une appellation. C’est pas un a.k.a. mais c’est un truc qui me permet de rassembler tu vois. J’ai pas encore ce truc où j’appelle mon public “mes Komodos”. J’ai un peu du mal à faire ce truc-là. Mais à partir du moment où des gens m’écoutent et soutiennent ce que je fais, moi je les considère comme des Komodos.

Pour revenir sur les titres de tes projets. Là c’est KAIJU, mais le précédent c’était DBZ 3.0. Je sais que c’est un acronyme qui n’a rien à voir, mais appeler ses projets DBZ, c’est pas anodin. Surtout pour quelqu’un qui fait des références à ce manga depuis ses débuts. J’ai vu que dans Rap sans paramètres tu avais déjà un morceau qui s’appelait Cooler typiquement. Est-ce que tu peux me parler un peu de Dragon Ball ? Pourquoi c’est une référence qu’on retrouve autant chez toi ?

En fait Dragon Ball c’est le seul manga que j’ai regardé de ma vie. C’est aussi simple que ça. J’ai pas regardé Naruto, One Piece, Bleach. J’ai juste un peu regardé L’attaque des Titans. Et en fait, c’est un manga, j’ai grandi avec. Quand j’étais petit j’avais Dragon Ball Z, ensuite y a eu Dragon Ball GT mais bon, on va faire comme si ça existait pas. Récemment y a eu Dragon Ball Super. Y a les OAV, y a les jeux. Au-delà du manga, ça fait partie de la pop culture. Et moi j’ai grandi avec ça. Je fais même des références à Pokémon mais c’est un peu plus enfantin donc je veux pas abuser des refs sinon ça voudrait dire que je suis un peu un Peter Pan. Je joue encore à Pokémon c’est un fait, mais ça a une connotation réellement infantile. Alors que Dragon Ball Z ça a traversé toutes les générations. Donc autant mon grand frère, mon petit frère ou mon neveu peuvent capter la référence. Mais quand t’écoutes les rappeurs d’aujourd’hui. Ils ont tous des refs à Naruto, One Piece, Berserk, Bleach, One Punch Man. Mais c’est juste que, ça fait partie de la pop culture et moi malheureusement je suis pas rentré dans les mangas. J’ai plein de potes ils ont regardé v’la les mangas, des Death Note, des trucs moins connus. Et pour moi c’est trop tard. Là malheureusement j’ai pas le temps de rattraper tout Naruto ou tout One Piece. Faudrait que j’ai rien à faire de ma vie. Que je gagne ma vie sans rien foutre, et que chaque jour je m’enchaine 4-5 épisodes à la volée le matin, pareil le soir. Et je fais ça pendant des mois et des mois, et après je suis à jour. Mais j’en ai pas l’envie et j’en ai pas les moyens. Donc en vrai, c’est trop tard pour moi. Mais je connais Luffy, Zoro, je connais quelques trucs. J’ai fait une ref à Naruto dans KAIJU alors que j’ai jamais regardé Naruto. Quand je dis “Tout en double, j’ai le flow de Kurama à QB”. Je sais juste que Kyubi, son alias c’est Kurama, et pour moi c’était en mode Kurama, Queens Bridge. Je fais un lien entre les mangas, le rap, et puis ça part. Mais voilà c’est juste que Dragon Ball Z, je l’ai poncé. J’ai tout suivi, j’ai rerecommencé, ensuite y a eu les Dragon Ball Kai, en meilleure qualité, j’ai refait. J’ai refait tout Dragon Ball Super. Donc en vrai, j’ai grandi avec, et je continue de grandir avec. Et c’est pour ça qu’y a autant de ref. Et DBZ, initialement ça veut dire Delta Bravo Zulu, c’est un peu mes initiales. Mais après, la seconde lecture ça a un lien avec Dragon Ball. Après j’ai pas voulu en abuser.

Oui c’est pas bourré de refs non plus. Y en a une ou deux maximum par projet.

Je voulais pas les bourriner non plus. Ma musique c’est pas que les mangas. Ma culture pop elle est beaucoup plus large que ça. Ça peut être des films, des séries, des bouquins, le sport. J’ai plein de refs en tête, et je peux pas juste me cantonner à Dragon Ball Z.

J’ai remarqué, même si c’est pas uniquement le cas, mais tu parles souvent des méchants mine de rien. Sur ce nouveau projet c’est Broly et Freezer, sur Rap sans paramètres y avait Cooler. Je crois que sur DBZ 2 tu parlais de Buu petit. Est-ce que c’est que tu t’identifies plus aux antagonistes ou aux protagonistes, ou c’est complètement le hasard ?

J’avoue que je me suis jamais posé la question. C’est le hasard de fou. Tu vois quand je dis “À chaque projet je monte en projet comme Freezer”. En vrai j’aurais pu dire Goku. Parce qu’au fil du temps il est beaucoup plus fort. Mais là, je fais rimer rétroviseur, Deezer, j’allais pas dire Goku tu vois. Mais j’ai déjà parlé de Goku. Je parle de Broly parce qu’il envoie des boules vertes, et je dis le feu est vert comme Broly, et sur la cover c’est du vert. C’est pas forcément voulu. C’est juste qu’ils sont forts, et c’est le fruit du hasard que je les cite. Parce que je me vois pas citer Yamcha tu vois ? Ou alors je sais pas, j’aurais pu dire un truc comme “on va tout péter comme Chaozu”. Mais c’est trop cramé. Ou bien “tout en deux fois”, je fais une référence au groupe du 3e Œil et Tenshinan. Je peux faire ce genre de trucs, c’est pas un problème. Ou genre “t’es un faux comme Hercule”. J’me dis pas “je vais parler que des méchants”. C’est juste que quand la rime elle vient, là pour rétroviseur et Deezer, c’est Freezer qui vient derrière. Mais voilà, j’aurais pu parler Paikuhan, de Janemba, de Tapion. En fait moi il faut que j’aie un lien. Je peux pas juste dire “ouais nanana je suis Garlic”. Faut que je fasse un lien avec Garlic. Par exemple, au départ il est tout petit, après il devient hyper balèze, et bah il faut que je fasse un lien pour placer Garlic. Ou, si je dis Tapion, je parle d’un type qui joue de la flûte genre qui ment, et je dis “tu mens comme Tapion” tu vois ? Moi j’ai besoin que mes refs soient accompagnées d’un sens. C’est pas comme des fois t’écoutes un morceau et t’entends juste un mec dire “Avon, Stringer, Marlo” tu vois ? Oui d’accord, c’est bon, on sait qui c’est mais ils ont fait des trucs. Si tu dis “j’suis intelligent comme Stringer” ou “j’fais flipper comme Omar” ou “J’suis un soulard comme McNulty” là ça a du sens. Moi j’accompagne toujours mes refs d’un sens. Si c’est juste dire un nom pour dire un nom, ça m’intéresse pas.

J’ai déjà eu la conversation avec d’autres rappeurs. Et même en tant qu’auditeur, entendre des noms seuls c’est pas intéressant. Et quand les références sont trop faciles aussi comme “je fais des billets verts comme les Nameks”. Donc là en tant qu’auditeur tu te dis “ok en fait ce mec-là il sait vraiment de quoi il parle”.

Mais surtout qu’avec le temps… En fait, quand j’ai commencé à rapper. Je me posais pas la question de “est-ce qu’il me faut une identité propre, un flow à moi, une technique particulière« . Et en fait en grandissant, naturellement c’est venu tout seul. Moi mon adage c’est de dire “tout en deux fois”. La majeure partie du temps, quand je vais dire “tout en deux fois”, je vais l’accompagner d’une référence qui va te dire que c’est tout en deux fois. Quand je dis “tout en double, j’ai le flow de Kurama à QB”, bah Kurama et Kyubi c’est les mêmes personnages. Là tout à l’heure j’étais en train d’écrire un truc, où par exemple je dis “En vert et contre tous, Bruce Banner qui fête la St Patrick à Glasgow”. Ça veut dire que tout est vert, Bruce Banner, Hulk, la St Patrick. Et boom, c’est comme ça que ça part en fait. Et c’est comme ça que j’ai dû créer mes patterns. Ou par exemple je mélange deux personnages. Par exemple j’ai écrit “tout en double, Bud Spencer featuring Edmond Honda”. Bud Spencer il met des grandes tartes, et Honda dans Street Fighter il joue avec ses mains. C’est comme ça que j’ai créé ma propre technique à moi. Parce que personne d’autre, je pense, dans le rap français, dit “tout en deux fois virgule” et enchaîne avec des références qui fait les liens. Moi je pense être le seul, et si les gens se demandent “c’est quoi la particularité de Double Zulu quand il rappe”, c’est ça. C’est sur ce genre de détails. C’est ma façon de placer mes refs à moi.

T’en as un peu parlé tout à l’heure. Mais, sur les autres projets, pas sur KAIJU, tu fais quelques rares références à Pokémon. Et ça rejoint un peu ce qu’on vient de dire, tu cites Roucool et Gravalanch, c’est pas Pikachu ou Bulbizarre.

Mais c’est parce que j’ai poncé Pokémon, de la GameBoy à la Switch. Pas plus tard que ce matin j’étais en train de jouer à un Pokémon hacké sur mon ordinateur. Je ponce Pokémon, c’est pas une blague. Après c’est pas un truc dont je me vante. Mais là j’avais du temps libre ce matin, je joue à Pokémon.

Ah ouais et pour avoir continué de la GameBoy à la Switch, c’est qu’effectivement t’as passé du temps dessus.

Je les ai quasiment tous fait. Rouge, Bleu, Jaune. Ensuite y a eu Or, Argent, Crystal. Emeraude, Saphir Rubis. Noir, Blanc, X, Y, les derniers sur Switch. J’ai joué à chaque génération de Pokémon. J’ai pas forcément tout fait, mais chaque génération j’ai forcément fait une version.

Comment c’est arrivé dans ta vie ?

Pokémon en vrai, je découvre je crois que je suis au CP, CE1 un truc comme ça. Au Japon c’est sorti en 1996, chez nous quelques années plus tard. En fait, avec la série qui passait à la télé, c’était une dinguerie pour nous. Parce que tout ce qui passait à la télé avant, ça impliquait des êtres humains. Dragon Ball Z, Nicky Larson. Alors que Pokémon c’est différent. Et même en terme de comm ça a été un raz-de-marrée. C’est un truc tout nouveau qui apparaît, on est des enfants de 5, 6, 7, 8, 9 ans. On comprend pas. On dit « y a 151 monstres qui débarquent dans ta vie« , et tout ce qu’on te demande de faire c’est de les attraper. Mais c’est un truc de fou, c’est un truc de malade. Et en fait ça nous a choqué. Et moi j’me rappelle que j’avais v’la les potes ils avaient la Gameboy Color, ils avaient Pokémon ils jouaient. Moi j’avais tanné mes parents, de fou, ils m’avaient offert une Gameboy Color avec Pokémon Jaune. J’étais archi archi loin dans le jeu. J’ai perdu ma sauvegarde. J’ai dû recommencer, j’avais le démon de fou. Et en fait voilà, Pokémon ça a accompagné notre jeunesse. C’est comme ça que je suis rentré dedans. Et heureusement j’avais quelques potes qui eux aussi jouaient à Pokémon, sinon j’aurais lâché l’affaire.

C’est ce que j’allais te demander. Parce que j’ai l’impression que Pokémon ça nous accompagne pendant une période. Souvent ça accompagne jusqu’au début du collège, et ensuite c’est plus compliqué. Comment ça se fait que toi ça ai perduré aussi longtemps ?

Parce que j’ai un petit frère. Ça a carrément contribué au fait que je poursuive. Parce qu’en vrai, arrivé au collège, y a plus personne qui jouait à Pokémon. Puis même, quand je disais Dragon Ball c’est un truc qui a dépassé les générations c’est ça. Pokémon ça reste enfantin. Fin, après y a eu Pokémon Go, y avait des adultes qui courraient sur les quais pour attraper des Pokémons tu vois. Mais la connotation enfantine elle est encore bien bien ancrée dans Pokémon. Et moi arrivé au collège, après Pokémon c’était Yu-Gi-Oh. Mais Yu-Gi-Oh, en France, j’ai pas l’impression qu’y a eu le raz-de-marée comme Pokémon. Je pourrais faire des refs à Yu-Gi-Oh, mais y a plein de gens qui capteraient pas.

Ouais, ou alors faudrait que tu fasses des références évidentes encore une fois, pour que les gens les captes.

Ouais je peux faire une référence, “tout en double” un truc par rapport aux deux Yugi. Je peux faire des trucs. Et je crois que dans un son je parle de Dragon Blanc aux Yeux Bleus, ou peut-être dans un freestyle. Mais j’en fais pas beaucoup parce que j’ai pas l’impression que ça a été un énorme raz-de-marée. Les gens ont oublié. Parce qu’en fait, les gens qu’ont fait Yu-Gi-Oh ils ont commencé avec le Pharaon, et après ils sont partis dans des délires de duels en moto. En fait ils ont vrillé. Alors tout le monde s’est désintéressé de ce truc-là. Parce que la genèse de Yugi elle existe plus avec les Yu-Gi-Oh 5D nanani. Et tout à disparu. Eux ils ont vraiment tout perdu. Là où Pokémon ils ont perduré. Parce qu’ils continuent de faire des jeux. Pokémon Go ça a eu un succès pas possible. J’me rappelle que j’prenais le train, à l’époque j’habitais chez mes parents dans le 77, je travaillais à Paris. Et quand je rentrais, y avait v’la des adultes, des 35 ans, des mecs qui travaillent en informatique, ils sortent du charbon, ils sont fatigués. Ils sont dans le bus ou dans le train, ils sortent leur téléphone : Pokémon Go. Ils cherchent des Pokémons dans le train. Où quand ils annonçaient des events, “ouais il y a un Pokémon rare à attraper au Parc de la Villette« . Tu vas au parc de la Villette, t’as un tas de personnes en train de courir pour attraper les Pokémons. Pour te montrer à quel point ça a traversé les générations. Moi je renie pas en fait. Mon rap c’est ma vie, ma vie c’est mon rap. À partir du moment où Pokémon a fait partie intégrante de ma vie, je peux pas le nier, surtout que les gens vont comprendre les références. Quand je dis “simple et efficace comme une attaque éclair sur un Roucool”, les gens ils captent tout de suite.

Je pense que ça fait partie des rares œuvres qui ont réussi à rester toujours au top. Même le nouveau sur Switch il est encore top 1 des ventes toutes les semaines.

Mais bien sûr. Parce qu’en fait ils ont créé un truc où ils renouvellent. Le fait que juste quand tu fais une nouvelle version t’as 100 nouveaux Pokémons à chaque fois. Ça te donne envie d’y aller. Y a ceux qui veulent capturer tous les Pokémons. Moi je fais partie des mecs qui disent “je vais juste finir le jeu, faire les quêtes annexes et c’est réglé« . En général Pokémon je vais le poncer jusqu’à ce que je fasse la Ligue. Après je fais les quêtes annexes autour et après c’est fini. Mais j’ai un pote quand il joue son objectif c’est d’attraper tous les Pokémons, réellement. Comme quand c’était l’adage de départ. J’me rappelle encore à l’époque ! Quand tu voulais faire des échanges, fallait le câble Link ! Et nous on connaissait UN gars qu’avait le câble Link. Et j’ai réussi à faire un jour un duel, GameBoy contre GameBoy contre un type. C’était une dinguerie.

Ouais c’était pas du tout la même démarche avant.

Ouais avant, les Pokémons que t’avais dans Rouge tu les avais pas dans Bleu et vice-versa. Fallait en capturer en double et les échanger. T’avais des Pokémons pour les avoir, ils évoluaient que par échange. Par exemple t’avais un Kadabra, tu voulais un Alakazam, fallait l’échanger. Aujourd’hui c’est plus simple. En fait Pokémon c’est comme les gens qui jouent à Zelda ou Final Fantasy, ils font tous les épisodes.

C’est ça, je pense que quand t’as été pris par le truc t’as quand même envie de tous les faire.

Ouais c’est exactement ça ! Moi je connais un pote il a tous les Final Fantasy. Les mecs ils ont fait tous les Zelda, ils ont tout fait. Moi j’ai le même rapport avec Street Fighter je pense. Je crois que j’ai joué au moins une fois à tous les Street Fighter qui sont sortis. Mais c’est un jeu auquel je joue pour me détendre. T’as des mecs ils jouent à des jeux hyper chauds comme Dark Souls. T’affrontes un mec il te met un coup tu crèves. Moi je joue pas à ce genre de jeu. Tout le temps t’entends des mecs “ouais le boss ça fait 4h que je suis dessus, j’ai dû l’affronter au moins 57 fois, la 58e ce sera la bonne”. Mais frérot, moi à partir du moment où j’essaie quatre fois et j’y arrive pas, j’éteins la console. Quand je joue à un jeu en général je mets le mode normal. Je mets pas le mode “extrême”, “légende”, où t’as pas de barre de vie, t’as rien qui s’affiche sur l’écran, tu te balades tu prends un coup tu cannes. Nan, moi j’ai besoin de me détendre. Je jouais à PES, à NBA2K. Je pense que la vie elle est assez dure comme ça pour que je me prenne la tête à un moment où je suis censé me détendre. Mais après chacun sa vision !

Pour revenir aux noms des projets. En 2020 t’as sorti un EP avec Just Music Beats qui s’appelait Ladder Match. Et contrairement à la quasi-totalité du rap français, tu fais assez souvent des références au catch. C’est quoi ton rapport au catch ?

Je suis un fan de catch moi ! En fait, la première fois que j’ai vraiment checké le catch, c’était sur Megadrive je crois, y avait un jeu qui devait s’appelait WWF je sais pas quoi. Où tout le monde est carré, y a pas trop de coup. Y a genre coup de pied, attrape et puis tu te battais comme ça. Et je crois que c’est la première fois que j’avais un rapport au catch. Et après comme tous les adolescents c’était le jeudi soir sur RTL9. J’me rappelle moi je regardais le catch avec mes parents. Et en fait dès que ça finissait je partais au lit parce qu’après y avait les films érotiques. Donc je m’arrachais direct. Même j’étais gêné des fois de regarder parce que quand t’avais les pubs pendant le catch c’était des pubs érotiques. Donc en général quand c’était les pubs, je m’arrachais faire pipi ou faire un truc dans ma bre-cham. Après je crois que RTL9 ils ont arrêté de diffuser c’est passé sur AB1, mais j’avais pas AB1. Après je crois que j’ai fait une pause du catch pendant quelques années. Et après je m’y suis remis. Je téléchargeais. Je les téléchargeais en torrent et je regardais. Et point fun fact, j’ai amélioré mon anglais en regardant le catch. Parce que quand je téléchargeais j’avais pas les sous-titres. Après y avais pas beaucoup de dialogues, mais à force de les écouter parler, quand y avait les moments de talk, bah je comprenais ce qu’ils disaient. En fait, je kiff l’anglais depuis tout petit. Donc, y a eu l’école, les séries en VOSTFR, mais le catch a contribué à ce que l’anglais soit meilleur, et que je comprenne mieux les rappeurs anglophones racontent dans leurs textes. Et maintenant je regarde sur un site qui récupère les show et tout, je continue de regarder, les pay-per-views, les émissions quotidiennes, je vais sur les comptes Instas de catcheurs ou de la fédération pour regarder des trucs. Et quand on a fait Ladder Match, je me suis rendu compte qu’un des deux de Just Music Beats kiff aussi le catch? C’est comme ça qu’on a décidé de prendre ce liant entre nous deux pour le projet. Et en même temps on importe un peu ce truc de Griselda. Parce que Benny, Conway et surtout Westside Gunn, ils ont de grosses références au catch. Parce qu’aux Etats Unis, le catch c’est une dinguerie. Eux ça fait partie de la pop culture, ils ont grandi avec ça. Quand t’as les catcheurs qui font le show dans leur ville, ils y vont et y regardent le show. Ils font les photos avec les catcheurs. Je crois y a eu un événement à Atlanta, et Migos ils ont fait un morceau pendant le show tu vois. Même Wale il a fait des sons avec des mecs du catch. John Cena c’est un catcheur qui faisait du rap. Ça fait partie du truc. C’est pour ça, quand je regardais, John Cena c’était celui qui me représentait parce qu’il arrivait avec un short baggy, des reebok pump, maillot de basket, casquette à l’envers, grosse chaîne, c’est directement le rap. Et même les renois qui étaient dans le catch, ils dégageaient même pas ce truc de rappeur. Mais après y a eu d’autres renois qui sont arrivés avec des trucs beaucoup plus hip-hop. Mais en tout cas aux Etats Unis, ça fait partie de la street. Nous en fait en France, dès qu’on a su que c’était du fake on a tous arrêté.

Oui c’est ça, j’ai l’impression qu’en France ça a été une mode, ça a duré que quelques années.

Mais tu vois, moi je suis né en 91. Toute ma génération de 89 à 92, on a tous poncé le catch. On connait tous au moins l’Undertaker, Rey Mysterio, Triple H, ce genre de mecs. Mais dès que les gens ont su que c’était du faux, on a arrêté. Parce que c’était spectaculaire pour nous de voir des mecs se lancer des chaises, se mettre des coups de marteau, faire des sauts périlleux. Mais en fait tout ça c’est du chiqué, c’est du divertissement. C’est comme quand tu regardes le Bigdil ou Intervilles. C’est leur Intervilles à eux.

Sauf que là-bas ça perdure totalement en fait. Mais c’est intéressant parce que du point de vue de la France on a l’impression que c’est terminé. Mais toi tu fais des refs, encore une fois super pointues. Comment ça se fait que t’aies continué de t’y intéresser ? Parce que j’imagine que comme pour Pokémon pas mal de tes potes ont arrêté de regarder.

Bien-sûr ! En vrai moi, ça me divertit, ça m’apprend l’anglais. Et ça me change de regarder une série ou un film. Parmi tous mes potes c’est vrai que je suis le seul qui ait perduré sur Pokémon et sur le catch. Et ça créé mon identité de rappeur. J’pense qu’on n’est pas beaucoup de rappeurs à parler de catch. Les mecs qui font des refs ils parlent de l’Undertaker, parce que c’est une icône. Il a dépassé le monde. Hulk Hogan, ce genre de mecs. Mais on n’est vraiment pas beaucoup à faire des refs de catch.

C’est ça, j’ai l’impression que vous êtes peu, à part peut-être aux Etats Unis.

Aux Etats-Unis, ils font tous des refs au catch ! Encore hier j’écoutais Terminate On Sight de G-Unit, je crois que c’est sorti en 2008. Et Tony Yayo il dit Jake the Snake. Et Jake the Snake c’était un catcheur, qui se pointait avec un sac, et y avait un serpent dedans. Quand t’écoutes Smoke DZA, il a fait des mixtapes où il samplait les génériques de catch. Donc eux ils s’y connaissent pour de vrai et ils suivent ça. Ils citent pas des catcheurs à l’ancienne ils citent des catcheurs qui sont récents.

En fait, je pense que c’est comme nous et le foot. Eux sont pas très foot.

Ouais eux c’est le catch, la NBA, la NFL, la NHL et la MLB. C’est leurs sports à eux. Ils font des refs de hockey avec un mecs qui s’appelle Gretzky, une légende là-bas. Au football Américain t’as Tom Brady, Odell Beckham Junior. Au baseball t’en as aussi, ils parlent des Yankees par exemple. Nous on a nos refs à nous “frappe de Benzema, volée de Pavard, j’suis speed comme Mbappé, j’suis une légende comme Cristiano”. En fait ils ont leurs refs et on a les nôtres. Et moi je fais des refs de foot aussi précises, et de basket. En fait comme je t’ai dit le rap c’est ma vie. Et mes centres d’intérêts je les transpose dans ma musique. Si j’étais un fan de tennis je ferais des références de tennis à toute patate !

Justement ça allait être une de mes questions. Je trouve qu’encore une fois, quand tu parles de basket et de foot, les références sont très pointues. Comment tu cultives ces passions-là. Le foot, le catch, le basket, c’est des trucs que tu continues de regarder beaucoup ?

Ouais, je regarde du foot quand je peux. Le foot en général ça passe à des horaires où je suis debout, la NBA je regarde des résumés, ou le dimanche soir quand ça passe à 21h. Tu vois moi je suis un fan des Lakers donc je suis au moins le score, je sais ce qu’il se passe, les joueurs, qui sont les plus forts en ce moment, les meilleures équipes, qui va être transféré. J’me renseigne vraiment.

Donc t’es un érudit de ces sports-là.

Je dirais pas érudit, c’est un grand mot. Mais je sais de quoi je parle. Quand je fais un freestyle où je compare Shaquille O’Neal avec Eric Dampier. Je connais pas beaucoup de gens qui connaissent Eric Dampier. J’peux avoir des refs un peu plus poussées. J’peux te parler de Reggie Miller, Isaiah Thomas, que moi j’ai peut-être pas vu jouer mais j’ai joué aux jeux, j’ai regardé des highlights, je connais les mecs parce que c’est des légendes. Comme dans un son je dis “un peu malade mais je suis plus Grant que Henri”. En fait, en anglais pour dire malade on dit ill. Et du coup Grand Hill c’est un joueur de basket, et Henry Hill c’est le mec qui (SPOILER) poucave dans les Affranchis. Donc c’est comme ça que je place mes refs. C’est pas comme quand Ninho il dit “3 points Shaquille O’Neal”. Shaquille O’Neal il met pas de 3 points. Ça c’est des mecs qui connaissent pas. Parce qu’ils sont pas si pointus. Ils connaissent parce que c’est des noms reconnus. Tout le monde connait Michael Jordan, ou Allen Iverson parce qu’il avait des tresses, c’est lui a ramené ce flow hyper cainri dans la NBA. Tout le monde connaît Kobe, Lebron. Moins de monde connaissent, mais quand même, Larry Bird, Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar, ce genre de légendes. J’en parlais avec Beeby quand on a fait Triple Double. On parlait de Russell Westbrook. Même si aujourd’hui il joue comme une merde, mais ça c’est un autre débat. Mais en vrai j’aurais pu dire “triple double comme Oscar Robertson”. Parce qu’avant que Russell Westbrook éclate le record de triple double, c’est Oscar Robertson qui l’avait. Et voilà c’est des trucs que je sais parce que je vais sur des sites, des applis, qui parlent de basket, je regarde la first team quand ils en parlent. Ça rentre dans ma tête, ça se stock, et à un moment ça sort. En fait, pour aider l’auditeur, mes refs elles sont précises. Si tu connais pas le basket et que t’entends “3 points Shaquille O’Neal », toi automatiquement dans ta tête tu te dis qu’il doit être fort aux 3 points. Sauf que t’es induit en erreur. Parce que Shaquille O’Neal il est nul en 3 points. Il a d’autres qualités, mais c’est pas celle-là.

C’est encore faire attention à la rime.

C’est faire attention à la rime, et pour aider l’auditeur. C’est comme si je te donnais un parchemin écrit en hiéroglyphes et tu captes pas ce que je dis. Par contre si je te donne le même parchemin, avec un bouquin à côté qui te dit “ça ça veut dire ça, et ça ça veut dire ça”, là tu vas comprendre le parchemin

Au pire des cas, derrière en tant qu’auditeur tu vas faire des recherches. Et comme la référence est précise et la rime est bonne, ta connaissance du sujet est meilleure.

Tu peux même flâner devant tes potes après avec les connaissances. C’est comme quand Alpha Wann et Kalash Criminel ils font le morceau pistons vs pacers. Dans la Don Dada Mixtape. Bah en fait c’est une référence à la bagarre qu’il y a eue entre les deux équipes. Y a vraiment des patates entre joueurs, entre supporters. Les mecs ils ont pris je sais pas combien de matchs de suspension. C’est une référence ! Si tu tapes pacers vs pistons c’est le premier truc qui sort normalement. Y a même eu un documentaire sur ce truc-là. Tous ces moments clés, je les conserve et je les utilise. Moi ce qui m’a pas mal aidé, c’est les jeux vidéo. Tu commences à connaître le nom de certains joueurs. Je crois que dans Le Boulot dans DBZ 3.0 je parle de Salas. Je dis “numéro 11, tout c’que j’sais faire c’est du Salas”. Bah c’était un joueur de foot chilien qui portait le numéro 11. En fait c’est des noms que je connais, que je retiens, après j’me renseigne un peu pour pas dire de bêtises, pas induire les choses en erreur… 3 points Shaquille O’Neal pour moi c’est un truc que tu peux pas dire ! C’est comme si je te disais, j’arrête tous les ballons comme Zinedine Zidane. T’es fou ? Il est pas gardien. C’est ce genre de trucs. 

C’est une erreur vraiment trop grosse pour quelqu’un qui connaît le sujet.

Ouais ! Et moi, mon but, je suis comme tous les autres rappeurs, j’ai mes références sportives, mais j’ai pas envie de faire les mêmes références que tout le monde. Coup de boule de Zizou, deuspee comme Mbappé, j’suis ceci comme cela. Si tu prends 5 albums de rap français, je suis sûr que sur les 5 je vais entendre Zidane au moins 2 3 fois. Après j’ai pas envie de me couper dans ce truc de “j’connais le foot donc je vais faire des références plus pointues parce que je veux me distinguer”. Si je dois caler Zidane, je vais caler Zidane.

Ça me fait penser à une question qui aurait dû venir après. Je pense que tu veux faire des références pointues mais pas forcément que ça. Sur KAIJU, et pas que sur ce projet, t’essayes de créer encore des nouvelles punchlines et nouveaux jeux de mots par rapport à Scarface. Alors que ça a été usé et usé, et que ça finit par être un peu toujours la même chose.

En fait j’ai regardé Scarface très tard. J’ai dû le voir une fois quand j’étais petit mais je m’en souvenais plus. La seule chose que je me rappelais c’était la scène dans la salle de bain avec la tronçonneuse. Mais après j’ai pas regardé. En plus ça avait un peu cette connotation mauvaise, les gens ils se prenaient pour des voyous. Ils disaient “J’suis Tony Montana, j’aime pas Sosa, Elvira Elvira”. Moi quand les gens parlaient d’Elvira je me souvenais pas du tout qui c’était dans le film. Même tout le monde disait Tony, Many, Sosa. Je savais que ces personnages existaient, mais je me souvenais plus de leurs rôles, Many, Sosa. Quand PNL ils ont fait “plus de Tony que Sosa”, Mac Tyer il a fait un morceau qui s’appelle “Tony a tué Many”. C’est comme quand les gens ils font des références à la Cité de Dieu. J’ai jamais vu ce film, mais je connais Zepequeño, quelques autres noms. Parce que ça fait partie de la pop culture. Mais je peux pas placer une référence d’un truc que j’ai pas regardé. Sauf si ma rime elle est potentiellement évidente. Celle que je fais sur Naruto, j’ai regardé peut-être deux trois épisodes de Naruto, mais ça fait partie de la pop culture tu vois que tout le monde en parle. Mais la Cité de Dieu… En fait quand c’est une œuvre cinématographique, j’préfère la regarder. Ou alors, si je l’ai pas regardé, ça va être une ref pas pointue du tout. Si je dis “on est des petits dégourdis comme Zepek”, ça je le sais parce que c’est de notoriété publique. En fait mes références elles s’adaptent à mes connaissances.

Du coup quand tu fais “J’bat le Boa comme Rocky” c’est que Rocky c’est pas trop…

Nan j’ai saigné Rocky comme pas possible ! Y a encore quelques mois j’me suis refait le marathon ! J’me suis refait le 3, le 4, le 5 ! En fait, j’étais pas cinéphile avant, c’est tard que je me suis mis à télécharger. Après y a des films que j’ai rattrapé, comme Heat par exemple, il est incroyable. Donnie Brasco c’est pareil, ça vieillit pas. Je crois que j’ai une référence dans DBZ 1, où je dis « on s’est fait tout seul pas de Joe Pistone« , parce que c’est le personnage principal dans Donnie Brasco. C’est des films que j’ai vu après, comme Scarface. Où je comprenais pas les références dans les morceaux de rap au départ. Ça m’a fait exactement ça aussi avec The Wire. J’ai regardé y a longtemps. Mais avant ça, quand Booba dans Izi Monnaie il dit “Stringer, Avon, Marlo, nanana”. Je sais pas qui sont ces personnages. Et après quand j’ai regardé, j’ai compris les refs. Stringer Bell, Avon Barksdale, Marlo Steinfield. Quand Booba il dit “Dans The Wire t’es Method Man je suis le Grec”, si t’as pas regardé tu te dis ”mais pourquoi il parle de The Wire et de Method Man, et du Grec ? C’est qui ces mecs-là”. Quand Ol’Kainry il avait dit “j’sors le pompe comme Omar, le plus gangsta des gays”. J’me dis “comment ça un mec gay qui fasse gangsta”. Quand tu regardes The Wire tu comprends qui est Omar. Et moi pareil, The Wire ça m’a matrixé de fou.

Ouais d’ailleurs tu parles de Bubbles à un moment, de Barksdale à France Telecom...

En fait j’dis D’Angelo Barksdale à France Télécom. Parce qu’il s’est pendu. Du coup comme à France Télécom y a eu une vague de suicide via la pendaison je crois… Ou quand je dis “Eternel recommencement, tu peux commencer comme Bubbles et finir comme Duquan”. C’est une façon de dire pour moi que tout est cyclique. Et en fait quand tu regardes le début de la série, Bubbles, c’est un toxico, qui ensuite s’en sort. Et Duquan, c’est un jeune gamin qui va à l’école, et qui finit toxico. C’est juste une façon pour moi de dire “éternel recommencement” et j’amène un exemple à mon propos. Mais si t’as pas regardé The Wire, tu sais pas qui est Bubbles ni Duquan.

Ouais, c’est pas comme Stringer Bell ou McNulty qui sont cités tout le temps.

Ouais parce que c’est les plus connus. Y a deux jours je crois j’écrivais un texte où je parle de Pryzbylewski, si t’as pas regardé la série tu sais pas qui c’est. Pareil avec Oz à un moment je parle de Busmalis. Oz c’est n’importe quoi. M City, le groupe de rap, ça vient de la série Oz. Parce que la prison s’appelle Em City. Enfin c’est Emerald City mais les gens disent M City. C’est comme The Shield. Moi au début c’était Vic Mackey. Tout le monde en parlait. Et du coup je savais pas qui c’était, et quand j’ai regardé, j’ai compris. Moi-même j’ai fait une phase à The Shield, ça spoil un peu mais, “La vie c’est une question de choix demande à Aceveda?”. Et Aceveda, c’est un mec qui se présente je crois pour être sénateur, et à un moment il se fait braquer par un type. Et le type lui dit “soit tu me suces, soit je te tues”. Spoiler. Aceveda est vivant après. C’est con hein, mais du coup quand je sors ma phase, tu comprends tout de suite la ref si t’as regardé. Et comme je te dis, souvent quand je ramène un propos, j’ai besoin de l’accompagner de quelque chose. Pas juste dire “la vie c’est une question de choix, alors fait bien tes choix”. Ou “Le savoir est une arme “virgule”, j’ai lu des bouquins”. Quand je prends une phrase un peu collégiale comme ça, ou un proverbe, j’ai besoin de l’accompagner d’une image pour pas qu’elle soit juste simple. Sinon je passe mon temps à écrire “un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”, “un de perdu dix de retrouvés”. Donc j’essaye d’accompagner avec une référence que tu vas imaginer dans ta tête, ou que tu connais parce que tu l’as déjà vu. 

Une autre de tes passions. Évidente, mais quand même, c’est le rap. Et là niveau références dans tes textes, il y en a vraiment partout. Je voudrais d’abord qu’on parle un peu de rap français. Surtout tout ce qui est rap fin 90 début 2000 parce que j’ai l’impression que c’est ce dont tu parles le plus. Mais en revanche, ce qui est intéressant, c’est que tu cites vraiment des rappeurs de toutes les écoles. Rien que sur ce projet t’as le 18e avec Mokless, t’as la technique pure avec Unité 2 Feu, tu vas aussi parler de Dicidens ou même Sefyu. Comment t’écoutais le rap à l’époque où tous ces trucs sortaient ?

En fait le premier album que j’ai écouté c’est le premier album du Wu Tang. J’ai d’abord grandi avec le rap US, dans un premier temps. Y a eu ça, Naughty By Nature, CNN, Das EFX. Ce genre de groupes. Ensuite y a eu Jay-Z, Tupac, Biggie, le Dipset, G-Unit. J’ai grandi avec le rap US, au début je me bousillais qu’à ça. Je connaissais le rap français que par les singles. Tonton du bled, Numéro 10, Boulbi, le morceau de La CautionThé à la menthe. La Scred Connexion c’était avec le morceau “on parle tous monnaie monnaie”. La BO de Taxi avec le morceau Millénaire. Quand les clips passaient à la télé ou quoi. C’est après que j’ai écouté les albums. Quand j’ai commencé le rap j’étais en duo avec un gars, qui était un bousillé de rap français plus que d’US. Donc en fait on a échangé, moi je lui ai passé un peu des références US à moi, et lui il m’a passé des références FR. C’est comme ça que j’ai connu Unité 2 Feu, la Scred Connexion même si j’ai pas beaucoup écouté, Dicidens, Sefyu, j’ai poncé, il était venu en concert dans ma ville. Quand il a sorti la mixtape Qui suis je je l’ai poncé. Les Ghetto Fab aussi j’ai poncé. Et c’est comme ça que je suis rentré dans le rap français. Et après j’ai fait comme tout le monde, j’ai écouté les grosses sorties mainstream. Mais je suis allé piocher. Mon pote c’était beaucoup plus poussé. Il écoute Haroun, Swift Guad, Furax Barbarossa, hyper hyper underground. Les mecs pour les connaisseurs de rap. J’ai baigné un peu dedans. Après moi j’écoutais tous les Booba, Rohff, La Fouine. Et après je suis revenu sur des trucs plus underground. C’est pas tout le monde qu’écoutait Katana, Grödash, plein de mecs comme ça. Et du coup quand j’ai vraiment ancré mon truc de rap français j’ai poncé tout ce que je pouvais. J’ai jamais voulu être celui qui a tout écouté. J’avais envie de me créer mon propre truc, et omettre d’écouter des trucs. J’ai pas écouté la Scred Connexion, c’est pas grave je vais pas en mourir, j’ai les bases. Ça me suffit d’avoir les bases. Fabe j’ai pas écouté, je connais L’impertinent mais sinon j’ai pas écouté. J’ai pas écouté les Sages Po. C’est volontaire pour moi de pas avoir écouté ces mecs-là. Le rap c’est un art, c’est avec les émotions, je voulais pas en faire une discipline de l’arithmétique.

Devenir une encyclopédie.

Ouais je m’en fou. Parce qu’en fait j’ai encore des choses à apprendre. Si demain j’ai envie de me faire la discographie de Dany Dan, si elle est dispo je me la fais. Et je prendrais une gifle ou pas et je me ferais mon avis. Mais y a des gens ils veulent à tout prix tout savoir, tout écouter. J’ai jamais écouté les albums de Busta Flex, je les écouterais sûrement jamais. J’ai écouté deux trois singles, et ça me suffit.

Donc de ce que tu me dis, t’as pas du tout commencé par le rap français, ton binôme t’as initié à ça. Mais comme t’as pas forcément tôt, est-ce que tu essayes ou t’as essayé d’appartenir à une école en particulier ? Ou au contraire t’étais déjà détaché de ce truc et t’écoutais tout, en kiffant aussi bien l’école du 18e que les marseillais, le 91…

J’avais même pas ce truc de technique. Parce que quand j’écoute la musique c’est par pure passion. Mon père c’était un musicien, j’écoutais de la musique tout le temps. C’est pas une discipline d’école. Je kiff les trucs genre Genius qui analyse la façon dont les mecs riment. Mais j’ai pas forcément envie d’en faire un truc avec les gens quand on en parle en disant “t’as vu il a fait des rimes embrassées, ensuite il est passé sur des rimes croisées, après il a fait des triples rimes dans la même mesure”. Je m’en fou en fait. Je l’écoute, j’en fais mon propre avis. Mais je veux pas que ça devienne un sujet comme on parle de sujets qui sont liés par une certaine logique.

T’as envie de le ressentir en fait.

Ouais ! Mais après y a des gens dont c’est le métier ou la passion de décortiquer ce genre de trucs. Et il en faut des gens comme ça. Parce que le rap c’est un art, mais l’art ça s’étudie aussi. C’est juste que moi j’ai pas envie d’être un étudiant. J’ai même pas fait d’études de musique. Alors qu’en tant que passionné après le bac j’aurais pu faire une filière musicale où j’apprends les métiers de la musique ou quoi, mais j’ai pas fait ça. Parce que j’ai envie de ressentir les trucs. Par exemple Nessbeal il avait une particularité à un moment donné. En fait il finissait sa mesure par le début de sa prochaine mesure. C’est dans Rois sans Couronne, que j’ai poncé d’ailleurs. Mais tu vois c’est un truc que je sais et j’entends, mais je me vois pas faire un article là-dessus. Après je peux en discuter entre connaisseurs, mais j’ai pas envie d’en faire un truc “étudions la technique de Nessbeal dans Rois sans couronne”.

Surtout quand t’es toi même rappeur. T’as peut-être aussi envie de pas trop étudier…

Voilà ! Parce que si t’étudies trop, tu calques. C’est comme Kaaris, à chaque album il a un nouvel adlib. Et je le sais, mais pas envie d’en faire un article “analysons les adlibs de Kaaris au fil de sa carrière”. Je m’en fous de ça, mais je le sais, et ça me suffit. Et comme tu l’as dit, étudier la musique, ça peut finir par devenir du calque. Alpha Wann il a étudié Dany Dan, il a fait du Dany Dan, et il l’a reconnu lui-même. Et plein de mecs comme ça. J’ai poncé Alkpote, et pourtant, il m’a peut-être un peu influencé dans la volonté de faire les rimes les plus riches possibles, mais je suis pas un sous Alkpote. Là où lui il est capable de te faire des rimes riches sur 16 mesures. Mais quand t’écoutes les couplets, ça n’a pas de sens. Parce que son but c’est d’aller chercher la rime la plus riche, mais entre les deux mesures, y a pas de vrais liens. Des fois il le fait, des fois il le fait pas. Et moi je voulais pas devenir un Alkpote, je voulais faire mon propre truc. Mais j’ai mis loongtemps. Ça doit être à partir de DBZ 1 et 2 que j’me suis fait ma propre identité. De plus en plus affirmé à travers les projets. Quand t’écoutes les projets, tu vas entendre Komodo, tout en deux fois, tout en double, sheesh. Mes adlibs en général je les change pas. C’est toujours “Vrai, Aha, No! Yeah ! Jamais !”. En vrai je pourrais faire une banque de mes adlibs, et au lieu de les faire juste je les cale. Mais j’ai envie que ce soit instinctif. Mais tu vois par exemple, Jim Jones, ses adlibs c’est des paroles. Il finit sa mesure, et son adlib, c’est une parole qui complète un peu la mesure. J’ai essayé de faire la même chose à un moment, mais au mixage ça rendait rien. Après j’ai mes inspirations, mais je pense pas être un sous quelqu’un.

T’as parlé de Nessbeal. Et je sais que t’as un fort attachement pour les rappeurs dits “rois sans couronnes » comme Salif, Nubi, Despo tout ça. Pour être un peu dans l’actualité, qu’est ce que ça te fait de voir un retour comme celui de Nessbeal ?

Ça m’a fait du bien de ouf. J’étais archi content, parce que moi je l’écoutais Rois sans couronne. Je pense que je le connais quasiment par cœur, je le ponce tu vois. Et ça me fait grave plaisir de le retrouver.

J’ai l’impression que c’était inattendu pour tout le monde. Ça fait partie des rappeurs où plus personne ne s’y attendait. Et au final il revient, et en plus l’album est bon. Tu te dis pas que c’est daté, mais tu te dis pas non plus “il essaye de faire comme les nouveaux mais mal

Nan il a réussi son retour ! Là où y en a qui ont fait des retours et ils ont échoué. Nessbeal il a réussi. Grödash aussi ! Avec son dernier album Monnaie Time, pour moi il a réussi.

On vient de parler de rap français. Mais dans le fond toi, ce que tu cites le plus, c’est le rap américain. Je crois qu’à la base c’est tes frères qui t’initient au rap US. Mais comment toi ensuite t’as cultivé ça ? Comment ensuite tu te prends ça et tu vas faire tes recherches tout seul ?

En fait j’ai commencé par écouter la musique avec mes frères, et après je me suis fait des potes et on avait le même intérêt pour le rap US. Après y a eu Internet, donc quand on allait sur Internet on regardait les mêmes trucs. Et en fait c’est comme ça qu’on s’est mis à écouter du Dipset, du G-Unit. Et après avec le temps chacun se fait son truc. J’ai un pote qu’est plutôt bien calé en tout ce qui est la south, les T.I., Gucci Mane, des trucs que moi j’ai un peu omis. Parce que je suis un enfant de New York. Les classiques de la west coast, j’en ai écouté que quelques-uns. J’ai pas écouté tous les albums de Snoop, tous les albums de Tupac. Tout ce qui s’est fait dans la East, j’ai poncé. En fait, comme je t’ai dis, j’ai grandi avec le Wu Tang, le truc le plus east coast possible. Après ça a été le Dipset, le G-Unit, donc je suis resté dans ce truc-là. Comme y a des mecs qui ont grandi avec la Three Six Mafia, tout ce qui s’est fait à Houston. T’as des gens qui ont grandi avec ce qui s’est fait avec Atlanta, ils ont pris toute la vibe Dirty South, après la trap.

Mais j’imagine que quand tu commences à écouter tout ça, t’as pas forcément conscience que Snoop, Warren G et tout c’est la west coast ?

Si t’en as un peu conscience parce que les sonorités sont totalement différentes.

Ouais donc c’est vraiment au niveau des sonorités que tu t’y retrouvais pas.

Non mais tu vois un morceau comme Regulate de Warren G je kiff de ouf, ou Califorina Love. Tupac il a fait des morceaux que je kiff des oufs. Mais je pense que, comme mes frères ils m’ont fait grandir avec le Wu Tang, après y a eu Jay-Z, après y a eu le Dipset, après y a eu Nas, Busta. Et tous ces mecs-là ils viennent de la east. Et mes frères c’était genre Jay-Z versus Nas. “Ouais mais regarde Nas il est beaucoup plus précis dans ses rimes”. “Ouais mais regarde le charisme de Jay-Z, regarde la position de boss qu’il a”. Et moi j’ai du faire un choix, et j’ai pris Jay-Z parce que pour moi Blueprint c’est une folie. Du coup, Nas je connais, par le biais de singles et de quelques albums que j’ai écouté. Mais en fait moi j’ai des partis pris. Y a eu east Coast/west Coast. Je suis allé voir la east et j’ai pas écouté ce qui s’est fait en west. Y a eu Jay-Z vs Nas, bah j’ai poncé la carrière de Jay-Z, et un peu moins Nas. Si demain je devais faire un duel entre… je sais pas… Youg Jeezy ou T.I., je t’aurais dit je préfère “ok je préfère Young Jeezy, du coup T.I. je vais connaître par des singles et quelques albums mais je vais pas poncer sa carrière comme j’ai poncé celle de Jeezy« . Quand t’as des rivalités fortes comme ça, je me positionne. Si je préfère untel, j’vais écouter untel.

Et est-ce que tu t’identifies toujours à la même école ? Ça a jamais bougé ça ?

Si, à un moment, mais très très jeune. Parce que j’ai commencé le rap à 13 ans. Et quand la dirty south s’est pointée, forcément j’étais dans le dirty. Mais c’était vite fait, on prenait des prods de ça. En fait en même temps, New York commençait à mourir. C’était beaucoup plus underground à New York, et le mainstream était beaucoup plus à Atlanta. Donc y a eu un renversement. Ce qui fait que quand Atlanta a commencé à débarquer, d’abord avec la dirty south, après avec la trap. La transition elle a été simple, d’abord on a posé sur des sons dirty, ensuite on est entré dans la trap. Parce que c’était accessible, tout le monde connaissait. Mais si je m’étais pointé, à l’époque de Rap Sans Paramètres, avec des prods avec des gros samples façon Dipset, les gens auraient jamais capté. Donc à ce moment-là, tu rentres un peu dans le moule de tout ce qui se fait quand t’es jeune, parce qu’il faut que tu crées une fan base la plus large possible. Je pense que quand t’es jeune c’est pas le moment de se nicher. En tout cas c’est mon avis. Après y a des mecs comme Alpha Wann qui se sont nichés dès le début et qui ont réussi. Mais je pense que, c’était un entonnoir. On a commencé large. Entre DBZ 1 et 3 ça se resserre. Ladder Match et KAIJU j’en parle même pas. Après y a eu un gros renouveau de New York. Des mecs comme Larry June, je sais pas s’il est de New York, mais les mecs comme ça, les Roc Marciano, east coast de ouf. Le retour d’Alchemist, Harry Fraud etc. Tous ce renouveau-là, je me suis dit “mais c’est trop bien”. Après, moi je voulais pas m’enfermer. J’aurais pu me dire “à partir de maintenant toutes mes prods sont produites par Just Music Beats, et des mecs qui font un peu comme eux, et je fais que ça”. Comme par exemple l’équipe de Ron Brice, de Cham, etc. Eux par exemple ils voulaient que je rentre dans les 12 Monkeys. Et j’ai refusé parce qu’autant j’adore ce qu’ils font, autant je voulais pas faire que ça. C’est pour ça que je fais des EPs comme Ladder Match. Pour dire “nous aussi on sait faire des trucs un peu grimey, ambiance New-York du sous-sol”. Et KAIJU c’est un truc un peu plus actuel, où, voilà, je suis capable d’en faire.

Tout en restant avec ton identité que t’as forgé avec le temps.

Exactement, et du coup quand les gens demandent “Double Zulu c’est quel genre de rap”. Bah en fait y a à boire et à manger. Si t’aimes les trucs un peu grimey tu vas écouter Ladder Match, et le prochain projet qui arrive. Si tu veux écouter un truc un peu plus actuel, t’écoutes DBZ 3, et KAIJU. Y a de l’autotune, peut y avoir de la mélodie. Alors que sur un projet Just Music Beats y a pas d’autotune, pas de chantonnade, que du tabassage de prods.

Dernière question référence. Comment ça se fait que le Dipset ça ait eu un impact aussi fort sur toi. Et à ton avis, comment ils t’ont influencé même jusqu’à maintenant ?

Bah, en fait, c’était des OVNIS, tout simplement. Quand tu prends tout ce qui se passe à New York avant, c’était un peu le même schéma. Tu regardes, tous les clips entre 90 et 2000 à peu près, des rappeurs de New York, c’est très souvent les mêmes trucs. Des mecs dans la street, capuchés, habillés très sombre, souvent les mêmes dégaines. Et que des scénarios où, faut que ça arrache le sac à quelqu’un, de la violence. Et là tu te retrouves avec des mecs, ils sont que là pour flâner en fait. Ils se pavanent. Tu vois un mec il arrive avec un gros cuir des couleurs des Etats Unis. T’as jamais vu ça. Au mieux t’as un mec avec le maillot de basket des Etats Unis à l’époque de la dream team aux jeux olympiques, d’accord. Mais là quand tu vois la veste, en damier cuir, avec blanc blanc blanc, bleu bleu, rouge rouge et les étoiles… c’est qui ces mecs-là ? Parce que nous en France, on a une certaine façon de s’habiller et tout, on trouve ça ridicule. Et après tu vois un mec qui sort d’une voiture rose, habillé en rose. Tu te dis “mais frère, le rose c’est pour les filles, comment un mec qui met du rose ? C’est un homosexuel ?”. Eux ils ont cassé ce truc-là. En fait, moi j’ai grandi avec le Wu Tang. Mais c’est une musique très bressom, mais moi je suis pas un ancien voyou. Je trainais pas dehors, je suis pas un ancien dealer ou quoi que ce soit. Donc, okay j’écoute la musique des mecs qui font des gang bangers, parce que je kifff, mais c’est musical. J’me dis pas “ah j’suis comme eux”. Alors que, le Dipset, ils ont vendu de la drogue aussi, mais c’est pas ce qu’ils revendiquent ou ils le font subtilement. Quand tu regardes leurs clips, c’est des mecs ils ont juste envie d’être frais. Ils sont un peu imbus de leur personne, full egotrip. Et en fait, nous on voit ça, on se dit “mais putain, ça change de tout ce qui se fait”. Avec des exceptions, tu vois les clips de Busta Rhymes c’est une esthétique particulière, Missy Eliott etc… Mais, nous on traîne en bande, et on voit une bande. Une bande de mecs qui sont fly high, qui se la pètent, qui sont imbus de leur personne. Et tu te dis “mais nous aussi on est une bande, et nous aussi on a envie d’être frais”. En plus des prods soul et tout. Tu vois, des mecs comme RZA, il samplait des trucs mais il mettait pas trop de voix. Alors qu’eux ils prenaient des morceaux, ils pitchent la voix, clac, rythmique, bam bam bam bam bam, ils font un morceau. Donc que ce soit en terme d’esthétique ou de sonorités, les mecs ils avaient un truc totalement extra-terrestre. Et du coup tu te prends ça dans la gueule. En plus ils sont signés chez Def Jam. À cette époque-là on parle que de ce label, t’as Jay-Z là-bas, t’as Dipset là-bas, t’as tellement d’artistes là-bas c’est n’importe quoi. C’est the place to be. J’allais chez un pote, il avait un internet, il avait Wanadoo à l’époque. On se connectait, on allait sur le site de Roc-A-Fella. T’avais la fiche des artistes, on regardait ce qu’ils avaient sorti de nouveau. Parce qu’à l’époque on n’avait pas une thune. Quand tu voulais écouter un album tu l’écoutais via le lecteur du site, ou t’avais un pote qu’avait été à Chatelet qui l’avait acheté et qui l’avait gravé.

Et est-ce que tu penses que c’est un groupe qui a encore une influence sur toi ?

Là en vrai quand je fais des projets comme Ladder Match, le premier truc qui me vient c’est plutôt Griselda. Mais après Griselda j’ai pas tout écouté, je l’ai pris sur le tard. En fait j’voyais sur twitter des mecs qui postaient des cover, genre Hitler qui porte du Hermès. J’me disais “mais c’est quoi ces conneries ? C’est autorisé de faire une cover avec Hitler” ? Je comprenais pas trop ce qui se passait. Et un jour je suis allé chez Buddah Kriss de Just Music Beats, il m’a fait écouter un morceau, Lotto, de Westside Gunn et Benny the Butcher. La prod c’est un gros synthé fort, comme de l’orgue bizarre. Et le clip c’est un match de catch en japonais. C’est quoi ce bordel ? En plus ils rappent en slow flow. Ils ont des adlibs qui durent 15 sec à base de tutututututututu. Les mecs s’arrêtent pas de faire ça. Tu te dis “mais c’est qui ces mecs-là”. Et en fait moi je rentre au moment où ils commencent à grimper de fou. Un ou deux ans après ils signent chez Roc Nation je crois, ils commencent à sortir des gros projets, faire des gros feats. Les gens se disent “mais c’est qui ces 3 trentenaires de Buffalo qui sortent du nulle part”, ils sont beaucoup plus connus, t’as Drake qui parle d’eux. Mais j’ai pas écouté les projets précédents, je les écouterais sûrement pas. J’ai essayé un jour avec Smoke DZA, mais j’ai pas le temps. Entre ma musique à moi, les sorties, j’ai pas le temps.

Toute dernière question, le site s’appelle VraisSavent en référence au titre Les vrais savent de Lunatic. D’après toi c’est quoi LA chose essentielle que les vrais devraient savoir ?

Ce que les vrais doivent savoir c’est que la musique c’est subjectif. On est entré dans un truc où les gens ils veulent absolument t’imposer des tops. Qu’untel est meilleur qu’untel. T’as le droit de trouver qu’un rappeur A est meilleur qu’un rappeur B mais c’est ton avis. Mais tu peux pas imposer à quelqu’un d’avoir les mêmes goûts. Aujourd’hui les gens ils veulent te convaincre. 

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